jeu. Juin 18th, 2020

Lettre ouverte d’un artiste belabésien mort-vivant à ses concitoyens! …par Ahmed MEHAOUDI.

 Vous m’avez peut-être croisé en ville, au café , ou à la maison de culture ou au théâtre ou à la bibliothèque , vous ne savez pas que je suis un artiste , vous n’avez jamais entendu parler de moi ,les journalistes ne me connaissent pas.Personne ne m’offrent l’occasion de présenter  mes projets , là où je vais ,on me répond protocolaire  » On va étudier çà  » Et tous m’ont laissés tombés , ils ne me répondent même , ne me donnent la moindre importance , même que je suis un vagabond des rues , je parle de mon Art comme un mendiant qui tend la main . Aucun des artistes de cette ville ne me défend , chacun se débine ou parle comme une pleureuse.Et pourtant dans les médias tous les responsables prétendent  que les portes sont ouvertes , oui mais une fois que l’argent existe pour financer , vous , vous n’existez plus , subitement on vous oublie . D’ailleurs la rumeur publique le rapporte  en déclarant que  la loi se base sur la tête du client qu’il soit un bon ou un mauvais alors que les articles de la Constitution de la république algérienne démocratique et populaire stipule que tous les citoyens sont égaux devant la loi , et tous les citoyens ont les mêmes droits et aucun citoyen n’est au dessus des lois quelque soit  son rang dans la société . Dans la pratique ces principes sont bafoués sans honte et au contraire ceux qui bafouent c’est eux qui  accusent les autres de ne pas les appliquer. Que n’a t-on entendu les artistes  marginalisés dans les cafés se plaindre ne sachant qui va les écouter, sachant aussi que la force de l’administration qui se justifie par la loi sans prouver si c’est juste étouffe sans pitié ces voix qui protestent. Étant donné que je suis mort vivant , que maintenant je ne crains plus les représailles puisque je réside dans ma tombe au cimetière , et ce n’est plus  la peine de les nommer par leurs noms ils se reconnaitront , j’accuse les plus malins d’entre eux de ces responsables de  recruter des  jeunes , se débarrassent des plus vieux car  l’expérience les gêne parce qu’elle dérange les manigances  à l’œil nue quand aux jeunes ilne fait que commencer n’y voit que du feu , Machiavel s’y perdrait .

Justement j’ai été très content que le débat sur la Constitution soit à l’ordre du jour , cela permet surtout de débattre sur des sujets de fond , par exemple le droit de s’exprimer  , le droit de créer de l’art , le droit à la dignité , le droit à la justice et tant d’autres concepts ..Mais pour le moment je me fais vieux , j’ai dans mon tiroir une pièce de théâtre , plusieurs  romans que  j’ai pas terminé par désespoir  ,des milliers de poèmes  qui moisissent dans le buffet  …Heureusement grâce au soutien moral des amis j’arrive à garder une envie de continuer à exercer mon métier du fod de ma tombe et garder contact avec les vivants et j’ai compris que les artistes qui deviennent des gestionnaires perdent leurs virginités d’artistes et c’est eux les premiers qui exclus d’autres artistes au nom bien sûr de la Loi qui en fait se transforme en Leur Loi..

Chers concitoyens  ce mort-vivant qui vous parle  ne réparera plus car il mourra totalement et vous n’entendrez plus sa voix. Je vous le dis une dernière fois , l’Art dans notre pays a besoin de mains propres , de mains qui émancipent  , qui font évoluer la pensée ,les idées , de mains qui ne jouent pas avec l’argent du peuple , de mains qui  en apparence montre un visage d’Ange et en cachette de Diable …Si j’ai un dernier vœu , ne laissez pas tomber nos artistes , aidez les quand ils sont en bonne santé , plein d’énergie et de créative , ce n’est pas à l’agonie qu’on vient les pleurer ou leur rendre hommage . La dignité d’une nation est entre les mains de ses savants et de ses artistes…Ma lettre prend fin, maintenant je retourne à ma tombe et n’oubliez pas mes paroles, elles peuvent servir pour l’avenir…

Ahmed Mehaoudi